C’est quoi la culture du viol ?

Ce qu’on appelle la culture du viol, c’est l’ensemble des choses auxquelles on croit en ce qui concerne le viol, et qui contribuent à alimenter une tolérance en faveur du viol : à première vue on a l’impression que tout le monde trouve que le viol est un crime très grave et que personne ne le tolère, mais en réalité c’est faux : si on gratte un peu la surface, on s’aperçoit très vite qu’à cause de ces choses auxquelles on croit, le viol est toléré, banalisé et minimisé. Cela a des conséquences graves, fréquentes et très réelles. Cela nous concerne toutes et tous. Même si on a tendance à croire que cela n’a rien à voir avec nous.

Ces choses auxquelles nous croyons sont donc fausses. Y croire, ce n’est pas rien : ça contribue à propager ces idées et surtout, cela influe sur notre façon de penser, de parler et d’agir en ce qui concerne le viol. Cela empêche aussi de lutter efficacement contre le viol : c’est parce que le viol est toléré et minimisé (par nous, par l’éducation que nous recevons et que nous donnons, par la façon dont les autorités le gèrent, que les médias l’excusent) que les violeurs peuvent violer. C’est également à cause de ces idées que les victimes sont empêchées de parler, et ne sont souvent pas crues. C’est aussi pour cela qu’on croit qu’il n’y a pas beaucoup de viols… Ce qui nous amène à penser que ce n’est pas un problème très répandu et que cela n’a aucune raison de nous concerner directement.

Ces croyances ne viennent pas de nulle part : elles nous ont été fourrées dans le crâne de façon bien organisée, mais il nous est difficile de le comprendre, de comprendre pourquoi et surtout d’apprendre à penser différemment. Quelques exemples de ces choses que nous croyons et qui constituent la culture du viol :

  • En France le viol est très sévèrement puni et personne ne le tolère : ni les pouvoirs publics ni les gens normaux comme vous et moi. [C’est faux]
  • Quand on est victime d’un viol, il est facile de porter plainte. Les forces de l’ordre croient les victimes et les protègent. [C’est faux]
  • Les coupables seront punis par la justice, la justice est là pour ça. [C’est faux]
  • Les victimes sont parfois responsables, elles cherchent un peu. Leur façon de s’habiller (vêtements, maquillage), de se comporter (boire de l’alcool, sortir tard)… D’ailleurs il y a plein de bons conseils à donner aux femmes pour éviter le viol. Ça marche bien. [C’est faux]
  • Il y a tout de même pas mal de fausses accusations de viol. [C’est faux]
  • Une victime qui se tait pendant longtemps, on ne peut pas trop la croire quand elle parle. Si elle avait vraiment été violée, elle l’aurait dit tout de suite. [C’est faux]
  • Si on ne s’est pas débattue, c’est que ce n’était pas vraiment un viol. [C’est faux]
  • Parfois quand on dit non, on pense oui. [C’est faux]
  • Le viol est un phénomène rare, uniquement commis par des monstres, pas par des gens normaux. Pas par un ami en tous cas. Ni un mec qu’on connaît. Parce qu’on le connaît et qu’il n’aurait jamais pu faire ça. [C’est faux]
  • Il y a toujours eu des violeurs, c’est la nature humaine qui veut ça. [C’est faux]
  • C’est horrible de dire que tous les hommes sont des violeurs potentiels. C’est aux femmes, aux filles de faire attention. L’éducation des garçons n’a rien à voir là-dedans. On ne va quand même pas prétendre que nous éduquons nos enfants à violer, c’est dingue, ça. [C’est faux]
  • Il y a viol et viol : un viol où il n’y a ni menaces de mort ni coups ni violence physique, ce n’est pas vraiment un viol. [C’est faux]
  • La télé, les magazines, les hommes politiques, l’enseignement, l’éducation familiale, personne ne tolère ou n’encourage le viol. Ça va pas la tête ? [C’est faux]
  • Le « système », enfin la société dans laquelle nous vivons, n’a aucun intérêt à encourager une tolérance du viol. Pourquoi elle ferait ça ? C’est stupide. [C’est faux]
  • S’il y a toujours autant de viols ce n’est pas notre faute. Nous n’avons rien à voir avec ça. Ce n’est quand même pas nous les responsables de ce que font quelques monstres marginaux. [C’est faux]

Toutes ces choses sont donc fausses, mais il n’est pas simple de le comprendre et de changer. Il n’est pas simple non plus de comprendre pourquoi le fait de croire à tout cela contribue à ce que le nombre de viols ne diminue pas, et surtout pourquoi cela contribue à entretenir la culture du viol.

La culture du viol est une notion compliquée, parce qu’il nous est difficile d’admettre que le viol est minimisé, toléré, voire cautionné dans notre société. Mais c’est le cas, et c’est étroitement lié à un fonctionnement global qui repose sur le sexisme, et sur le patriarcat. Tout « va ensemble » et tout est explicable ; c’est en expliquant toutes ces choses qu’on va comprendre :

  • pourquoi la culture du viol existe
  • pourquoi le système dans lequel nous vivons a intérêt à ce qu’elle existe
  • pourquoi nous avons le réflexe de l’entretenir
  • pourquoi nous y contribuons toutes et tous
  • comment on peut lutter contre ça
  • comment cette lutte contribuera à lutter contre le viol.

En parallèle de ça, dans « culture du viol » il y a un mot qui coince : c’est le mot « culture ». Car la « culture », c’est en général associé à quelque chose de chouette. Ça fait penser à « être cultivé » et « être cultivé » n’est jamais quelque chose de négatif. Donc quand on dit « culture du viol », ça sonne bizarrement, parce que c’est la traduction d’une expression anglo-saxonne et qu’en français ça rend moins bien, à cause du mot « culture ». Ça ne colle pas et ça ne facilite pas les explications.

Bien comprendre la culture du viol, savoir la reconnaître et comprendre comment on a été conditionné.e.s à y participer sans le vouloir, cela permet de lutter contre elle.

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